Samedi 6 juin 6 06 /06 /Juin 17:39

Mon rêve familier

 

 

 

 

Je fait souvent ce rêve étrange et pénétrant

D’une femme inconnue, et que j’aime, et qui m’aime

Et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même

Ni tout à fait une autre, et m’aime et me comprend.

 

Car elle me comprend, et mon cœur, transparent

Pour elle seule, hélas ! cesse d’être un problème

Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême,

Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.

 

Est-elle brune, blonde ou rousse ? –je l’ignore.

Son nom ? je me souviens qu’il est doux et sonore 

Comme ceux des aimés que la Vie exila.

 

Son regard est pareil au regard des statues,

Et, pour sa voix, lointain, et calme, et grave, elle a

L’inflexion des voix chères qui se sont tues.

 

Paul Verlaine, « Poèmes Saturniens » 1866

 

 

 

 

 

 

 

 

 

INTRODUCTION :

 

Date : écrit en 1866.

 

Recueil : « Poèmes Saturniens »

Verlaine professe d’abord l’impassibilité parnassienne ; et ce premier recueil contient des « eaux-forte » ou des tableaux dans le goût du Parnasse. Déjà, pourtant, le vrai Verlaine apparaît, avec sa sensualité, sa tendresse et sa mélancolie : il compose des « paysages tristes », évoque un amour disparu ( « Nevermore » ), une femme idéale («  Mon rêve familier » ), associe aux caprices de son imagination le charme d’un paysage crépusculaire ( « Soleils couchants » ) et laisse entendre un écho assourdi de l’inquiétude romantique (« Chanson d’automne » ).

 

Auteur : Paul Verlaine.

 

Sujet : Ce poème est le sixième poème de la section initiale Melancholia des « Poèmes saturniens ». Il évoque la femme idéale.

 

Rimes-Rythme :

Ce poème constitue un sonnet. Il est formé de quatorze vers répartis en deux quatrains et deux tercets.

Chaque vers comprend douze syllabes (= alexandrins). Ce nom est donné à la fin du Moyen Age en allusion à un poème en vers de douze syllabes sur Alexandre le Grand.

·        Pour chacun des deux quatrains, on constate  des rimes suivant le schéma  abba ( = rimes embrassées ). C’est assez musical.

  • Pour le premier tercet, les vers un et deux riment. Le troisième vers du premier tercet rime avec le deuxième vers du deuxième tercet.
  • Pour le deuxième tercet, les vers un et trois riment.

 

  

COMMENTAIRES :

 

 

1) Ce poème est l’occasion pour Verlaine de s’impliquer, de parler de son sort, de ses problèmes psychologiques.

a)      par l’emploi de la première personne du singulier

Le « je » de l’auteur, rappelant son mal-être, s’oppose au « elle » qui introduit le récit du rêve, « la femme rêvée ».

 

b)      par l’emploi des adjectifs possessifs et du pronom personnel « me »

Verlaine accentue sa présence à l’aide des adjectifs possessifs à la première personne : « mon cœur », « mon front » et dans le titre déjà « mon rêve ».

Le pronom personnel renforce cette idée : « m’aime » deux fois, « me comprend » deux fois.

Ensemble, ils insistent sur l’idée que le poète est bien le principal personnage du texte.

 

 

 

c)      par l’effet des répétitions :

Elles donnent l’impression d’être séduits, même subjugués (= envoûtés ) pour mieux nous faire pénétrer le charme de la parole.

 

Dans la première strophe : le son é apparaît neuf fois (« étrange », « pénétrant », « et » six fois ) et le son « è » huit fois ( « je fais », « rêve », « j’aime », « m’aime » deux fois, « m’es »t, « a fait » deux fois ). De même le son  an  est répété trois fois : c’est une assonance.

 

Dans la deuxième strophe : « elle seule » plusieurs fois répétée exprime le regret pour Verlaine. Il n’existe ou n’existerait qu’une seule femme qui puisse l’aimer et le comprendre. 

 

d)      l’exclamation « hélas » et les interrogations dans le premier tercet reprennent

      l’idée que Verlaine déplore que l’existence de cette femme est peut-être

      impossible.

 

2) Un sentiment se dégage de ce texte : l’importance de la réciprocité.

Les verbes aimer et comprendre montrent à quel point la condition du poète est difficile et combien il a besoin d’être compris et aimé.

 

3) La place et le rôle de la femme pour notre poète :

En 1866, Verlaine n’a pas encore trouvé dans sa vie la femme qu’il cherche ( voir rencontre de Mathilde  Mauté en 1869 ).

On sent son désarroi ; il ne sait s’il peut y croire. Ceci se ressent au fur et à mesure du texte : « femme inconnue », « que j’aime », puis  « qui m’aime », « elle seule », « ceux des aimés que la Vie exila ». Elle disparaît avec « des voix qui se sont tues ».

 

4) Il ne sait pas donner de cette femme un portrait : tout est flou. Ce n’est pas une femme en particulier mais la femme en général. Elle n’a pas de nom, pas d’identité. On ne connaît pas de détails physiques.

« Ni tout à fait la même », « Ni tout à fait une autre », ces deux expressions indiquent que la femme de Verlaine n’est pas définie ; elle est chargée de mystère. Existe-t-elle dans l’imaginaire ?

 

5) Conclusion :

Mon rêve familier est l’occasion pour Verlaine d’évoquer la dure condition de poète

meurtri par son hyper sensibilité et de parler de lui même. Verlaine s’est caché derrière la femme qui lui apparaît dans son « rêve familier » pour nous concentrer sur son sort et nous faire connaître son drame intérieur.

        

 

 

 

 

 

Par Michel - Publié dans : Dossiers
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Samedi 6 juin 6 06 /06 /Juin 17:38

Notre vie

 

                                                                                                         

 

 

Notre vie tu l’as faite elle est ensevelie

Aurore d’une ville un beau matin de mai

Sur laquelle la terre a refermé son poing

Aurore en moi dix-sept années toujours plus claires

Et la mort entre en moi comme dans un moulin

 

Notre vie disais-tu si contente de vivre

Et de donner la vie à ce que nous aimions

Mais la mort a rompu l’équilibre du temps                               

La mort qui vient la mort qui va la mort vécue

La mort visible boit et mange à mes dépens

 

Morte visible Nush invisible et plus dure

Que la faim et la soif à mon corps épuisé

Masque de neige sur la terre et sous la terre

Source des larmes dans la nuit masque d’aveugle

Mon passé se dissout je fais place au silence

 

 

 

                                                                              Paul Eluard, « Le Temps déborde »1947

 

 

 

 

 

 

 

Photographie de Man Ray

 


 

 

INTRODUCTION :

 

 

Date : écrit le 28 novembre 1946, le jour de la mort de Nush, sa deuxième femme avec qui il vivait depuis dix-sept ans. Elle succombe brutalement à une hémorragie cérébrale.

 

Recueil : « Le Temps déborde » : Véritable recueil du désespoir comprenant une dizaine de poèmes. Eluard y évoque l’expérience de la « mort vécue ».

 

Auteur : Paul Eluard

 

Sujet : drame personnel à l’origine de cet écrit, parle de la mort et de la vie finie de Nush

 

Rimes-Rythme :    - la rime n’est pas présente dans ce poème.

-       il s’agit de trois strophes de cinq vers (= quintils).

-       chaque vers est  composé de douze syllabes (= alexandrins).

 

 

 

COMMENTAIRES :

 

 

1) On constate que le poème parle de la mort, et oppose vie et mort, dont on souligne les deux champs lexicaux :      

 - MORT : « ensevelie », « refermé son poing », « mort », « sous la terre », « larmes », « se

                  dissout »,  « silence », ...

 - VIE : « vie », « aurore », « vivre », « vécu », …

 

Le titre « Notre vie » peut faire croire que le poème porte sur une vie heureuse mais il est centré sur la mort.

 

2) L’utilisation des pronoms évolue : le « tu »(=Nush) disparaît avec la mort de celle-ci dès le début de la deuxième strophe ,ainsi que le « nous »qui combine le « je »(=Paul) et le « tu ». Par contre, le « je » est seul présent dans les derniers vers tout comme Paul qui reste seul.

 

3) On constate une opposition entre le passé dans la première partie (= la vie) et le présent dans la deuxième partie (= la mort) .

Par Michel - Publié dans : Dossiers
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Samedi 6 juin 6 06 /06 /Juin 17:38

Pierrot

 

 

 

 

Ce n’est plus le rêveur lunaire du vieil air

Qui riait aux jeux dans les dessus de porte;

Sa gaîté, comme sa chandelle, hélas ! est morte,

Et son spectre aujourd’hui nous hante, mince et clair.

 

Et voici que parmi l’effroi d’un long éclair

Sa pâle blouse a l’air, au vent froid qui l’emporte,

D’un linceul, et sa bouche est béante, de sorte

Qu’il semble hurler sous les morsures du ver.

 

Avec le bruit d’un vol d’oiseaux de nuit qui passe,

Ses manches blanches font vaguement par l’espace 

Des signes fous auxquels personne ne répond.

 

Ses yeux sont deux grands trous où rampe du phosphore

Et la farine rend plus effroyable encore

Sa face exsangue au nez pointu de moribond.

 

Paul Verlaine, « Jadis et Naguère »  1885

 

 

 

 

 

INTRODUCTION :

 

 

Date : écrit en 1885.

 

Recueil : « Jadis et Naguère »

Les poèmes de la déchéance, Verlaine s’est remis à boire, à frapper sa mère qui ne l’a jamais abandonné. Il se résigne à partager sa vie et sa poésie même entre ses aspirations mystiques et sa sensualité. « Jadis et Naguère » est un recueil publié en 1885 qui, comme son titre l’indique, opère un retour sur le passé . La majorité de ces poèmes une connotation monotone et désabusée. « Pierrot », second sonnet de la première section, est l’évocation d’un personnage connu du folklore. 

 

Auteur : Paul Verlaine.

 

Sujet : Pierrot est un personnage traditionnel de la Comedia Dell Arte, il est en général gai et insouciant mais dans ce poème on voit un pierrot morbide et effrayant. Ce texte est placé sous le signe de la mort fortement présente. A nouveau, ceci symbolise le désarroi du poète et correspond aux sentiments de Verlaine durant cette période de vie.

 

Rimes-Rythme :

C’est un sonnet (voir autre poème) composé de deux quatrains et deux tercets.

·        Dans les deux quatrains, un et quatre en « air » deux et trois en « or » même fin musicale (abba  = rimes embrassées ).

·        Dans les deux tercets, 1-2 et les deux troisièmes présentent une même fin musicale (ccd eed).

                         Verlaine utilise des alexandrins.

 

  

COMMENTAIRES :

 

1) Ce texte comprend deux traitements différents, deux visions différentes de ce même personnage.

 

a)      le Pierrot traditionnel :

Il est décrit, caractérisé par quelques propriétés habituelles sans citer son nom.

·        On retrouve le caractère traditionnel de ce personnage : il est gai « sa gaîté », « qui riait ». Il est insouciant et naïf : « rêveur lunaire du vieil air » qui fait référence à la chanson populaire « Au clair de la Lune » (de même que « chandelle est morte » : chanson enfantine).

·        On retrouve aussi la blancheur habituelle de Pierrot : il est habillé d’une « pâle blouse », de « manches blanches » ;  son visage, au second tercet est maquillé de « farine ».

·        C’est un personnage de mime (il ne parle pas) : il s’exprime par des gestes : « il fait des geste fous ».

 

 

 

 

 

 

b)      le Pierrot de Verlaine :

Verlaine détourne l’image traditionnelle du Pierrot. Ce Pierrot a perdu l’innocence et la gaieté ; il représente la souffrance du poète. Sa description est faite de façon négative :

·        La blancheur du personnage traduit le vide (= absence de couleur), l’absence et la mort.

·        Pierrot a maintenant l’aspect d’un fantôme « spectre aujourd’hui nous hante ».                  

·        Le mime aussi devient négatif : « il semble hurler ».

 

2) Le thème de la mort est essentiel dans ce texte. Dans l’ensemble du poème, le choix des mots l’évoquent « morte », « son spectre », « linceul », « morsures de ver = enterrer », « ses yeux sont deux grands trous », « moribond »,…

C’est l’agonie de Pierrot. Image de la mort = « sa chandelle est morte ».L’aspect cadavérique du personnage se manifeste dans la description du visage : il est rongé par des vers, «  ses yeux sont deux grands trous », « sa face exsangue au nez pointu de moribond ».

Il s’agit d’un poème morbide. On dirait que le Pierrot se fait enterrer vivant sans qu’il ne puisse rien faire. Exemple : « Il semble hurler sous les morsures de ver », « ses yeux sont deux grands trous » ( il n’y en a plus; ce sont des cavités) , « un vol d’oiseaux de nuit » (chauve-souris)

 

3) On remarque que deux temps sont utilisés le passé et le présent avec une exclusion complète de futur. Par conséquent, l’auteur se voit sans avenir, sans futur ( sauf celui de la mort comme Pierrot).

 

4) Conclusion :

Ce sonnet, par la représentation d’un personnage traditionnel, permet à Verlaine de transcrire ses angoisses de poète face à la solitude, au silence. La mort qui plane sur le texte est symbolique de la dégradation qu’a ressentie l’auteur devant son passé.

Par Michel - Publié dans : Dossiers
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Samedi 6 juin 6 06 /06 /Juin 17:37

Liberté

 

 

 

Sur mes cahiers d’écolier                                                                   

Sur mon pupitre et les arbres

Sur le sable sur la neige

J’écris ton nom

 

Sur les pages lues

Sur toutes le pages blanches

Pierre sang papier ou cendre

J’écris ton nom

 

Sur les images dorées

Sur les armes des guerriers

Sur la couronne des rois

J’écris ton nom

 

Sur la jungle et le désert

Sur les nids sur le genêts

Sur l’écho de mon enfance

J’écris ton nom

 

Sur tous mes chiffons d’azur

Sur l’étang soleil moisi                        

Sur le lac lune vivante

J’écris ton nom

 

Sur  les champs sur l’horizon

Sur les ailes des oiseaux

Et sur le moulin des ombres

J’écris ton nom

 

Sur chaque bouffée d’aurore

Sur la mer sur les bateaux

Sur la montagne démente

J’écris ton nom               

 

Sur la mousse des nuages

Sur les sueurs de l’orage

Sur la pluie épaisse et fade                                                                                        

J’écris ton nom

 

Sur les formes scintillantes

Sur les cloches des couleurs

Sur la vérité physique

J’écris ton nom         

                                               

Sur les sentiers éveillés

Sur les routes déployées

Sur les places qui débordent

J’écris ton nom 

 

Sur la lampe qui s’allume

Sur la lampe qui s’éteint

Sur mes raisons réunies       

J’écris ton nom  

 

Sur le fruit coupé en deux

Du miroir et de ma chambre

Sur mon lit coquille vide

J’écris ton nom         

 

Sur mon chien gourmand et tendre

Sur ses oreilles dressées

Sur sa patte maladroite

J’écris ton nom           

 

Sur le tremplin de ma porte

Sur les objets familiers

Sur le flot du feu béni   

J’écris ton nom

 

Sur toute chair accordée

Sur le front de mes amis

Sur chaque main qui se tend

J’écris ton nom     

 

Sur la vitre des surprises

Sur les lèvres attendries

Bien au-dessus du silence

J’écris ton nom

 

Sur mes refuges détruits

Sur mes phares écroulés

Sur les murs de mon ennui

J’écris ton nom

 

Sur l’absence sans désir

Sur la solitude nue

Sur les marches de la mort

J’écris ton nom

 

Sur la santé revenue

Sur le risque disparu

Sur l’espoir sans souvenir

J’écris ton nom

 

Et par le pouvoir d’un mot

Je recommence ma vie

Je suis né pour te connaître

Pour te nommer

 

                                                                       Paul Eluard, « Poésie et vérité », 1942       

 

Leger

 

 

 

 

 

 

 

Leger

 

 

 

 

 

Le poème « Liberté » de Paul Eluard fut largué par les avions de la RAF en milliers de tracts sur la France occupée.

 

 

 

 

 

 

 

 


INTRODUCTION :

 

Date : écrit en 1942.

 

Recueil : « Poésie et Vérité »

Pendant la guerre, engagé dans la Résistance, Paul Eluard participe au grand mouvement qui entraîne la poésie française. Il se cherche des frères de vie et en rencontre beaucoup parmi les écrivains du passé tel que Goethe( qui lui fournira le titre du recueil Poésie et Vérité).Le poème Liberté ouvre ce recueil paru en 1942. Ses textes sont tous des poèmes de lutte. Ils doivent entrer dans la mémoire de combattants et soutenir l’espérance de la victoire : comme on le faisait pour les armes et les munitions. Le poème Liberté a été, à l’époque, parachuté dans les maquis. Poésie et Vérité  a eu pour but de revigorer ceux qui avaient tendance à baisser les bras devant l’Histoire.

 

Auteur : Paul Eluard.

 

Rimes-Rythme : 

  • Ce poème se compose de vingt strophes de quatre vers ( = quatrains). Chaque strophe est construite suivant un même schéma :

                         trois vers de sept syllabes (=  heptasyllabe)

                         un vers de quatre  syllabes (= tétrasyllabe)

 

  • Il y a chaque fois un effet d’insistance par la présence de

1)       l’anaphore ( = répétition du même mot au début de phrases successives ) SUR répétée trois fois par strophe et suivie de complément circonstanciel de lieu. C’est l’effet rime.

2)       Le dernier même vers de la strophe « J’écris ton nom »

      Conséquence : Eluard essaye ainsi que son texte soit facile à retenir,        

       transmettre

3)       La vingtième strophe utilise l’anaphore  JE.

 

  • Rythme : Il est lié à la présence d’anaphores. Pratiquement pas de rimes traditionnelles.

 

 

COMMENTAIRES :

 

 

1) C’est un poème à vocation militante, destiné aux Résistants. Ce texte est destiné à être lu et transmis oralement ; il doit donc frapper la mémoire ( c’est-à-dire être facile à dire, à retenir ; on peut même intervertir les strophes sans changer le message à  transmettre) et les esprits ( pour se propager aisément ). Eluard retrouve la poésie orale( utilisation de nombreuses répétitions ).

 

2) C’est un poème de lutte comme tous ceux du recueil « Poésie et Vérité ». Il soutient l’espoir des combattants, l’espoir de victoire.

 

3) L’idée principale de ce poème est la volonté d’écrire le mot « Liberté » dans le plus grand nombre d’endroits, de lieux possibles. Tous les supports sont bons pour écrire ce mot :   supports concrets : « cahiers d’écolier », « pupitre », « pages », « images », « sable », « vitre » …

supports imaginaires : « écho de mon enfance », « chaque bouffée d’aurore », « sueurs       de l’orage », « vérité physique » …  Ces supports-ci donnent une valeur symbolique au texte.

 

4) Il y a une véritable évolution dans le poème. Celle de la vie d’un homme qui débute en tant qu’enfant à l’école « cahier d’écolier » puis grandit pour devenir un homme « arme de guerrier ») et se termine avec une réflexion personnelle.

 

 

                               

Par Michel - Publié dans : Dossiers
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Samedi 6 juin 6 06 /06 /Juin 17:35

 La victoire de Guernica

 

 

 

                        I

 

Beau monde des masures

De la nuit et des champs

 

                        II

 

Visages bons au feu visages bon au fond

Aux refus à la nuit aux injures aux coups

 

                        III

 

Visages bons à tout

Voici le vide qui vous fixe

Votre mort  va servir d’exemple

 

                        IV

 

La mort cœur renversé

 

                        V

 

Ils vous ont fait payer la pain

Le ciel la terre l’eau le sommeil

Et la misère

De votre vie

 

                        VI

 

Ils disaient désirer la bonne intelligence

Ils rationnaient les forts jugeaient les fous

Faisaient l’aumône partageaient un sou en deux

Ils saluaient les cadavres

Ils s’accablaient de politesse

 

                        VII

 

Ils persévèrent ils exagèrent ils ne sont pas de notre monde

 

                        VIII

 

Les femmes les enfants ont le même trésor

Des feuilles vertes de printemps et de lait pur

Et de durée

Dans leurs yeux purs

                        IX

 

Les femmes les enfants ont le même trésor

Dans les yeux

Les hommes de défendent comme ils peuvent

 

                        X

 

Les femmes les enfants ont les mêmes roses rouges

Dans les yeux

Chacun montre son sang

 

                        XI

 

La peur et le courage de vivre et de mourir

La mort si difficile et si facile

 

                        XII

 

Hommes pour qui ce trésor fut chanté

Hommes pour qui ce trésor fut gâché

 

                        XIII

 

Hommes réels pour qui le désespoir

Alimente le feu dévorant de l’espoir

Ouvrons ensemble le dernier bourgeon de l’avenir

 

                        XIV

 

Parias la mort la terre et la hideur

De nos ennemis ont la couleur

Monotone de notre nuit

Nous en aurons raison.

 

                                                                       Paul Eluard, «Cours naturel » 1938

 

 

 

 

 

Picasso, Guernica, Paris 1937

 

 

INTRODUCTION :

 

Date : écrit en 1938.

 

Recueil : « Cours naturel »

Le « cours naturel » est  bien  celui  qui  porte le  poète à croire en la vie, envers et  contre tout.

 

Auteur : Paul Eluard.

 

Sujet : ce poème est inspiré par un fait historique. Le 26 avril  1937, les avions de l’armée allemande bombardent Guernica pendant trois heures. Bilan 2000 morts. Ceci est le symbole de la guerre dans son horreur. Paul Eluard va écrire ce poème pour dénoncer cette barbarie pendant la guerre en Espagne. Ce texte exprime la douleur du peuple pour qui Eluard prend position.

 

Rimes-Rythme :    -      ce poème n’a pas de ponctuation et presque pas de rimes.

-         les strophes sont hétérogènes : présence de distiques(2), de tercets(3), de  quatrain(4), de quintil(5),…, donnant un rythme tantôt lent tantôt haché.

 

 

COMMENTAIRES :

 

1) Le titre est surprenant : «La Victoire de Guernica » alors que c’est de sa défaite que l’on parle (=défaite du peuple espagnol et victoire des Allemands). Titre provocateur qui exprime l’indignation du poète.

 

2) Opposition de deux groupes : a) Le peuple

                                                     b) Les vainqueurs

 

a) Le peuple :Eluard commence son poème avec l’expression « Beau monde » pour insister sur la beauté du peuple. Ils ont des « visages bons » et des « yeux purs » de ce fait ils ont une identité (trois fois  répétés : strophes II,III). Dans les strophes huit, neuf et dix, ce « beau peuple » est représenté par les femmes et les enfants : pureté des femmes, les enfants constituent l’avenir, l’espoir mais aussi l’innocence et la fragilité. Ce peuple est vulnérable ; il a peur mais il a le courage de vivre face à l’injustice qui le frappe.

 

            b) Les vainqueurs :Face à ce peuple, il y a des bourreaux, des ennemis. Ils sont désignés par le pronom « ils » (huit fois  répétés) de ce fait il n’ont pas d’identité pour le poète (alors que l’histoire nous apprend que ce sont les Allemands). Ce sont des gens sans visage qui se masquent, des monstres : « ils ne sont pas de notre monde ».

 

 

 

 

 

 

3) Présence très forte de la mort :

Par l’emploi du vocabulaire :

·        « vide qui vous fixe »

·        Le mot mort est répété plusieurs fois et avec des adjectifs différents( votre, la ..)

·        « mourir », « cadavres », « sang »

 

      Par l’utilisation d’associations :

  • « roses rouges » et « sang »
  • strophe neuf et dix: il n’y a pas d’avenir, d’espoir car le trésor se transforme en sang. C’est la réalité de la mort.
  • Au fur et à mesure des strophes, la mort devient de plus en plus présente jusqu’à l’avant-dernière. Et pourtant, fin des huitième et neuvième strophes, on sent que le poète croit quand même en l’avenir et l’espoir : « bourgeon » qui représente l’avenir qui portera ses fruits, « nous en aurons raison »
  • On ressent dans les dernières lignes de ce poème la générosité de l’homme ( = Eluard) et aussi l’homme communiste qui a foi en l’Homme.

 

 

4) Conclusion :

Ce poème est consacré au carnage de Guernica ; il est très paradoxalement titré « La victoire de Guernica » : victoire de la mort sur la vie, et de la barbarie sur l’humain. Mais surtout, victoire de l’espérance combative sur le fatalisme désespéré : des décombres de Guernica naît une prise de conscience et de confiance pour que se construise demain un monde neuf.

 

                       

Par Michel - Publié dans : Dossiers
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